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Le cloud souverain expliqué : ce que la souveraineté numérique signifie pour le BeNeLux

La souveraineté numérique figure en bonne place à l'agenda européen : les gouvernements et les entreprises veulent garder la maîtrise de leurs données et de leur infrastructure numérique. Mais que recouvre exactement ce concept, et qu'est-ce qui change concrètement pour les organisations du BeNeLux ?

Points clés

  • La souveraineté numérique signifie qu'un État, une organisation ou un individu exerce un contrôle effectif sur l'infrastructure numérique, les données, le matériel et les logiciels dont il dépend.
  • L'Europe mise sur une approche réglementaire fondée sur les droits, notamment via Gaia-X — un projet européen pour une infrastructure de données fédérée et sécurisée, fondée sur des valeurs européennes telles que la transparence, l'ouverture et la protection des données.
  • La Commission européenne a adopté en juin 2026 une proposition de Cloud and AI Development Act (CADA), qui vise à au moins tripler la capacité des centres de données dans l'UE et à harmoniser l'utilisation du cloud par les gouvernements.
  • En 2023, 45,2 % des entreprises européennes utilisaient des services cloud ; l'UE souhaite porter ce chiffre à 75 % d'ici 2030 — tout en mettant simultanément l'accent sur une infrastructure sûre et souveraine.

Qu'est-ce que la souveraineté numérique ?

La souveraineté numérique — également appelée souveraineté technologique, cybersouveraineté ou souveraineté des données — désigne la capacité d'un État, d'une organisation ou d'un individu à exercer un contrôle effectif sur l'infrastructure numérique, les données, le matériel et les logiciels dont il dépend. Selon Wikipédia, le concept englobe également la capacité à réguler les marchés numériques, à protéger les données des citoyens, à garantir la cyber-résilience et à réduire la dépendance structurelle à l'égard des fournisseurs de technologies étrangers.

Le concept a gagné du terrain politique au sein de l'Union européenne, notamment après 2013, lorsque les révélations du lanceur d'alerte Edward Snowden ont mis en lumière la vulnérabilité des systèmes et des pays face à la surveillance exercée par des services de renseignement étrangers. Depuis lors, le débat s'est encore amplifié avec l'essor des technologies cloud et la domination des grandes entreprises technologiques américaines et chinoises.

L'Europe a opté pour une approche réglementaire fondée sur les droits — un choix délibéré qui se distingue du modèle davantage axé sur le contrôle étatique de pays comme la Chine et la Russie, ainsi que du modèle historique d'internet ouvert des États-Unis.

Qu'est-ce que cela signifie pour le BeNeLux ?

Pour les gouvernements et les entreprises du BeNeLux, la souveraineté numérique signifie avant tout que les choix en matière de cloud deviennent des choix stratégiques. Les organisations qui stockent des données sensibles auprès de fournisseurs cloud américains s'exposent à des risques juridiques : la législation américaine — notamment la Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA) et le CLOUD Act de 2018 — donne aux autorités américaines accès aux données gérées par des entreprises américaines, même si ces données sont stockées en dehors des États-Unis. En 2018, un tribunal américain a accordé au gouvernement américain l'accès à des données stockées dans le cloud en Irlande. Microsoft a ensuite reconnu qu'il ne pouvait pas « garantir » la souveraineté des données des gouvernements européens.

Des initiatives européennes telles que Gaia-X et le futur EU Cloud Rulebook offriront aux organisations un cadre commun et des certifications pour évaluer quelles solutions cloud répondent aux normes européennes.

Gaia-X : cadre européen pour l'infrastructure de données

Gaia-X est un projet européen qui a développé une norme fédérée et sécurisée pour l'infrastructure de données, permettant aux utilisateurs de conserver le contrôle sur l'accès à leurs données et leur utilisation. L'initiative a été lancée en 2019 par le ministre allemand de l'Économie de l'époque et son homologue français, et a été présentée pour la première fois lors du Digital Summit à Dortmund. Gaia-X est établi en Belgique et a la forme juridique d'une association internationale sans but lucratif (AISBL).

Gaia-X a pour objectif de promouvoir la souveraineté numérique en accord avec les valeurs européennes : transparence, ouverture, protection des données et sécurité. Le projet ne vise pas à devenir un fournisseur cloud et ne cherche pas à concurrencer les grandes plateformes cloud ; il propose un cadre, des normes et des outils de vérification. Gaia-X a développé des spécifications, du code open source et un système de labels permettant aux organisations de démontrer leur conformité aux règles de gouvernance. Il existe actuellement quatre labels Gaia-X.

La Cloud and AI Development Act et la politique cloud de l'UE

La Commission européenne a adopté en juin 2026 une proposition de Cloud and AI Development Act (CADA). La loi vise à au moins tripler la capacité des centres de données dans l'UE dans un délai de cinq à sept ans, afin de couvrir entièrement les besoins des entreprises et des gouvernements européens d'ici 2035. La CADA entend simplifier les procédures d'autorisation pour les centres de données et impose des exigences de durabilité aux nouveaux projets.

Parallèlement, la Commission annonce une politique cloud unique à l'échelle de l'UE pour les gouvernements et les marchés publics — une approche destinée à stimuler la croissance des fournisseurs cloud européens et à donner la priorité à l'utilisation de capacités cloud hautement sécurisées pour les applications critiques.

Outre la CADA, des instruments complémentaires sont prévus :

  • EU Cloud Rulebook : un cadre européen commun comprenant des règles contraignantes et non contraignantes à l'intention des utilisateurs et des fournisseurs de services cloud.
  • EUCS (European Cybersecurity Certification Scheme for Cloud Services) : un schéma de certification en cybersécurité que l'ENISA, l'agence européenne pour la cybersécurité, développe en vertu du Cybersecurity Act.
  • Data Act : vise à lutter contre le vendor lock-in, afin de faciliter le changement de fournisseur cloud de manière plus rapide, moins coûteuse et techniquement plus fluide, tout en renforçant l'interopérabilité et les garanties lors des transferts internationaux de données.
  • Simpl : middleware open source destiné à permettre les fédérations cloud-vers-edge.

Croissance de l'utilisation du cloud et objectifs 2030

Selon les données d'Eurostat, en 2023, 45,2 % des entreprises européennes utilisaient des services cloud — une hausse de 4,2 points de pourcentage par rapport à 2021. L'utilisation varie fortement selon la taille des entreprises : 77,6 % des grandes entreprises, 59 % des entreprises de taille moyenne et 41,7 % des petites entreprises avaient recours aux services cloud.

L'UE a fixé dans le cadre du programme Digital Decade deux objectifs concrets pour 2030 :

  1. 75 % des entreprises européennes utilisent des technologies cloud et edge.
  2. 10 000 nœuds edge neutres sur le plan climatique et hautement sécurisés sont déployés à travers l'Europe pour permettre des transferts de données rapides.

Un nœud edge est un dispositif ou point de connexion intelligent qui traite les données à proximité de l'utilisateur, plutôt que dans un centre de données distant. Le Edge Observatory 4 Deployment Data Report de 2024 indique que le nombre de nœuds déployés est passé de 498 en 2022 à environ 1 836 en 2024.

Risques juridiques et l'effet Schrems

L'un des éléments concrets à l'origine de la politique européenne de souveraineté est le risque juridique lié au stockage de données auprès de fournisseurs non européens. Les États-Unis disposent de la Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA), qui donne aux services de sécurité américains un accès direct aux données gérées par des entreprises américaines. Deux accords successifs UE-États-Unis sur la protection des données — Safe Harbor (invalidé en 2015) et Privacy Shield (invalidé en 2020) — ont été déclarés nuls à la suite de procédures judiciaires connues sous le nom de Schrems I et Schrems II, en raison de garanties insuffisantes pour les citoyens européens.

Ce contexte explique pourquoi la Commission européenne mise sur une infrastructure cloud propre et contrôlable ainsi que sur la certification — et pourquoi cela a des conséquences directes en termes de politique pour les gouvernements et les entreprises du BeNeLux qui traitent des données sensibles ou à caractère personnel.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre souveraineté numérique et souveraineté des données ?
La souveraineté numérique est le concept le plus large : elle englobe le contrôle sur l'infrastructure numérique, les données, le matériel et les logiciels. La souveraineté des données en est une composante et porte spécifiquement sur la question de savoir qui détient le pouvoir de décision sur les données — où elles sont stockées, qui y a accès et sous quel régime juridique.
Qu'est-ce que Gaia-X et que fait-il concrètement ?
Gaia-X est un projet européen, établi en Belgique, qui développe des normes, du code open source et un système de certification (labels) pour une infrastructure de données fédérée et sécurisée. Ce n'est pas un fournisseur cloud, mais un cadre au sein duquel les organisations peuvent échanger des données tout en en conservant le contrôle, conformément aux valeurs européennes telles que la transparence et la protection des données.
Que change la Cloud and AI Development Act (CADA) pour les entreprises et les gouvernements ?
La CADA, pour laquelle la Commission européenne a adopté une proposition en juin 2026, vise à au moins tripler la capacité des centres de données de l'UE d'ici 2035 et à simplifier les procédures d'autorisation. Parallèlement, la Commission introduit une politique cloud à l'échelle de l'UE pour les gouvernements et les marchés publics, avec une priorité accordée aux solutions cloud européennes hautement sécurisées pour les applications critiques.
Pourquoi la législation cloud américaine représente-t-elle un risque pour les organisations européennes ?
Les entreprises américaines sont soumises à la Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA), qui donne aux services de sécurité américains accès aux données gérées par ces entreprises — même si ces données sont physiquement stockées en Europe. En 2018, un juge américain a accordé l'accès à des données cloud stockées en Irlande. Microsoft a ensuite déclaré ne pas pouvoir garantir la souveraineté des données des gouvernements européens. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'UE développe ses propres schémas de certification et cadres cloud.
Où en est l'utilisation du cloud en Europe et quels sont les objectifs de l'UE ?
En 2023, 45,2 % des entreprises européennes utilisaient des services cloud (Eurostat). L'UE souhaite porter ce pourcentage à 75 % d'ici 2030 dans le cadre du programme Digital Decade, et déployer 10 000 nœuds edge neutres sur le plan climatique et hautement sécurisés à travers l'Europe d'ici cette même date.

Sources

Pour aller plus loin

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