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Le cloud computing expliqué : ce que c'est, comment ça fonctionne et pourquoi l'Europe en fait un enjeu politique

Des serveurs distants à la souveraineté numérique européenne : un guide accessible sur le cloud computing, les modèles de service IaaS, PaaS et SaaS, les formes de déploiement et les politiques de l'UE visant à réduire la dépendance envers les grands fournisseurs de cloud.

Points clés

  • Le cloud computing offre, via internet, un accès à des services informatiques, de stockage et logiciels évolutifs, sans que les utilisateurs n'aient à gérer eux-mêmes le matériel sous-jacent.
  • Les trois modèles de service sont l'IaaS (infrastructure), le PaaS (plateforme) et le SaaS (logiciel), combinables avec des déploiements publics, privés ou hybrides.
  • En 2023, 45,2 % des entreprises européennes utilisaient des services cloud ; l'objectif de l'UE est d'atteindre 75 % d'ici 2030.
  • La Commission européenne travaille à une législation et à une certification pour limiter le verrouillage des fournisseurs et renforcer les capacités cloud européennes.

Le cloud computing consiste à fournir de la puissance de calcul, du stockage et des logiciels via internet, à la demande et sans que l'utilisateur ait à gérer lui-même des serveurs. L'Organisation internationale de normalisation (ISO) le définit comme « un paradigme permettant un accès réseau à un ensemble évolutif et élastique de ressources physiques ou virtuelles partagées, avec un approvisionnement et une gestion en libre-service à la demande ».

L'institut américain de normalisation NIST a identifié cinq caractéristiques essentielles : le libre-service à la demande, l'accès réseau étendu, la mise en commun des ressources entre plusieurs utilisateurs, l'élasticité rapide (montée et descente en charge rapides) et l'usage mesuré, où les coûts évoluent en fonction de la consommation.

Modèles de service : IaaS, PaaS et SaaS

Trois couches dominent le paysage du cloud :

  • Le client gère lui-même le système d'exploitation et les applications.
  • PaaS (Platform as a Service) : au-dessus de l'infrastructure, le fournisseur propose également un environnement de développement, permettant aux organisations de créer des applications sans se préoccuper du matériel sous-jacent.
  • SaaS (Software as a Service) : des logiciels prêts à l'emploi utilisés via le navigateur ou une application, sans installation locale.

Modèles de déploiement

Qu'est-ce que cela signifie pour le BeNeLux ?

Les entreprises et administrations européennes — y compris au BeNeLux — dépendent de plus en plus d'un nombre limité de grands fournisseurs de cloud. La Commission européenne entend y remédier par une législation visant à lutter contre le verrouillage des fournisseurs (vendor lock-in), à renforcer les capacités cloud européennes et à introduire un cadre de certification pour la cybersécurité du cloud. Pour les organisations du BeNeLux qui recourent à des services cloud ou les mettent en appel d'offres, les règles de l'UE relatives au transfert de données, à l'interopérabilité et aux critères de marchés publics sont directement pertinentes.

Bref historique

Les racines conceptuelles du cloud computing remontent aux années 1960, avec le partage de temps sur les mainframes. Le terme « cloud computing » est apparu en 1996 dans un plan d'affaires de Compaq. Dans les années 2000, il a pris une forme concrète : Amazon Web Services (AWS) a démarré en 2002, suivi d'Amazon S3 et EC2 en 2006. Microsoft a lancé Azure en 2010. En 2008, la NASA a développé le premier logiciel open source pour clouds privés et hybrides, qui a notamment été à l'origine du projet OpenStack, lancé conjointement par Rackspace et la NASA en 2010.

Avantages et risques

Selon Wikipedia, le cloud computing peut réduire le time-to-market grâce à des outils préconfigurés, des ressources évolutives et des services gérés fournis par les prestataires. Les organisations peuvent ainsi convertir leurs dépenses d'investissement en infrastructure physique en coûts opérationnels qui évoluent avec l'usage. Les plateformes cloud donnent également accès à des services tels que l'intelligence artificielle, l'analyse de données et le machine learning, qui auraient autrement nécessité des investissements propres considérables.

Parallèlement, le cloud computing comporte des risques : dépendance envers un seul fournisseur (vendor lock-in), questions relatives à la localisation et à la sécurité des données, et consommation énergétique des grands centres de données.

Le cadre politique de l'UE

La Commission européenne a fait du cloud computing un thème politique stratégique. Les chiffres d'Eurostat (2023) montrent que 45,2 % des entreprises européennes utilisaient des services cloud, soit une hausse de 4,2 points de pourcentage par rapport à 2021. L'adoption varie fortement selon la taille des entreprises : 77,6 % des grandes entreprises, 59 % des entreprises de taille intermédiaire et 41,7 % des petites entreprises.

Dans le cadre de la Digital Decade, l'UE fixe deux objectifs pour 2030 :

  1. 75 % des entreprises européennes utilisent des technologies cloud et edge.
  2. 10 000 nœuds edge climatiquement neutres et hautement sécurisés sont déployés en Europe.

L'edge computing — le traitement des données au plus près de l'utilisateur, dans des « appareils intelligents » — est considéré comme un complément du cloud computing. La Commission prévoit que 80 % de toutes les données seront bientôt traitées via l'edge computing.

Cloud and AI Development Act (CADA)

En juin 2026, la Commission a présenté une proposition de Cloud and AI Development Act (CADA). L'objectif est d'au moins tripler la capacité des centres de données de l'UE dans un délai de cinq à sept ans et de couvrir intégralement les besoins des entreprises et administrations européennes d'ici 2035. La CADA vise à simplifier l'octroi de permis pour les centres de données, à promouvoir l'efficacité énergétique et à encourager des solutions innovantes de refroidissement et de gestion de l'énergie. La proposition comprend également une politique cloud à l'échelle de l'UE pour les marchés publics, destinée à permettre la croissance des fournisseurs cloud européens et à prioriser les capacités cloud hautement sécurisées pour les applications critiques.

Verrouillage des fournisseurs et Data Act

Le Data Act contient des mesures pour rendre le changement de fournisseur cloud plus rapide, gratuit et techniquement plus souple. La loi vise également à renforcer l'interopérabilité et à offrir des garanties pour les transferts internationaux de données.

Cybersécurité et certification

L'agence européenne de cybersécurité ENISA travaille, dans le cadre du Cybersecurity Act, à l'élaboration d'un schéma européen de certification de cybersécurité pour les services cloud (EUCS). Ce schéma doit offrir davantage de garanties aux entreprises, aux administrations et aux citoyens quant à la sécurité de leurs données, quel que soit l'endroit où elles sont stockées ou traitées.

Stratégie européenne pour les données et infrastructure cloud

Via la Stratégie européenne pour les données, l'UE investit dans un Important Project of Common European Interest (IPCEI) visant à regrouper des infrastructures cloud fiables et économes en énergie. Par ailleurs, Simpl est en cours de développement : un middleware open source pour les fédérations cloud-to-edge, qui constitue également le logiciel central des espaces de données européens. La Commission travaille en outre à un EU Cloud Rulebook — un cadre européen unique rassemblant des règles contraignantes et non contraignantes pour les utilisateurs et fournisseurs de cloud — ainsi qu'à un guide pour la passation de marchés publics de services de traitement des données.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le cloud computing exactement ?
Le cloud computing consiste à fournir de la puissance de calcul, du stockage et des logiciels via internet, à la demande et sans que l'utilisateur gère lui-même des serveurs. L'ISO le définit comme l'accès à un ensemble évolutif et élastique de ressources physiques ou virtuelles partagées, avec un libre-service à la demande.
Quelle est la différence entre IaaS, PaaS et SaaS ?
Avec l'IaaS (Infrastructure as a Service), le client loue des serveurs virtuels et du stockage. Le PaaS (Platform as a Service) y ajoute un environnement de développement, permettant aux développeurs de créer des applications sans gérer l'infrastructure. Le SaaS (Software as a Service) fournit des logiciels prêts à l'emploi via internet, sans installation locale.
Quelle est la différence entre un cloud public, privé et hybride ?
Un cloud public est une infrastructure partagée gérée par un fournisseur externe. Un cloud privé est réservé à une seule organisation. Un cloud hybride combine les deux formes.
Combien d'entreprises européennes utilisent déjà des services cloud ?
Selon les chiffres d'Eurostat, 45,2 % des entreprises européennes utilisaient des services cloud en 2023, soit une hausse de 4,2 points de pourcentage par rapport à 2021. Les grandes entreprises sont en tête avec 77,6 %, suivies des entreprises de taille intermédiaire (59 %) et des petites entreprises (41,7 %). L'objectif de l'UE est d'atteindre 75 % d'ici 2030.
Que fait l'UE pour réduire la dépendance européenne envers le cloud ?
La Commission européenne travaille à plusieurs mesures : la proposition de Cloud and AI Development Act (CADA) vise à tripler la capacité des centres de données de l'UE, le Data Act s'attaque au verrouillage des fournisseurs et facilite le changement de prestataire, et l'ENISA développe un schéma européen de certification de cybersécurité (EUCS) pour les services cloud.

Sources